Jonathan Livingstone le Goeland (R.Bach)

 

 

 

                Jonathan Livingstone Seagull, où le chemin initiatique inné

Ce livre de Richard Bach ancien pilote de chasse, sublime en quelque sorte le vol. En se substituant à un Goéland, il adapte son apprentissage du vol à son apprentissage de la vie en en suivant une démarche initiatique que nous allons étudier. Qui est Jonathan ? Ce n’est pas un goéland comme les autres, car au lieu de se battre pour trouver sa nourriture au milieu des déchets laissés par les bateaux de pêche, il réfléchit et s’isole pour perfectionner ce que la nature lui a donné de plus beau, c’est-à-dire le vol. Je passerai sur les détails techniques que Jonathan découvre et qui sont ceux de l’étude du passage du mur du son, pour m’arrêter un moment sur sa démarche spirituelle.

On a affaire à un individu isolé qui se démarque des autres, mais non pas par élitisme, mais par curiosité intrinsèque celle d’aller voir plus loin, c’est-à-dire celle de réfléchir à ce qu’il est vraiment, de se connaître. Ses autres congénères vites au courant l’excluent sans façon du groupe parce qu’il est différent et qu’il ne correspond pas à la démarche normale d’un goéland.

R.Bach pose là le problème bien connu du groupe: le droit à la différence n’existe pas, la différence est source de conflit et de mortification pour celui qui est isolé car la société n’est pas faite pour lui. Il est rejeté, car il n’est pas compris  et que ses démarches techniques pour apprendre à voler différemment font de lui un paria qui n’est plus nécessaire à cette société structurée, il n’apporte rien de ce qui est nécessaire à la survie, c’est un individu prétentieux et incompétent qui ne peut servir à la communauté. Mais, c’est aussi celui qui a compris qu’il devait aller chercher ailleurs sa raison de vivre qui est la connaissance, nous approchons là de la connaissance initiatique, de la gnose, mais néanmoins, on peut le considérer comme un élu, et il est intéressant de remarquer que lorsque l’on veut se démarquer d’un quelconque groupe ou ensemble l’allégorie de l’élu est la plus simple.

Si l’on remonte dans l’antiquité et même aujourd’hui dans les religions primitives ou actuelles, il y a ceux qui ont la connaissance, ceux qui savent.

                                                            

 Jonathan est donc banni, ne peut survivre que par lui-même, c’est-à-dire difficilement au début; mais il perfectionne son art, encore et toujours jusqu’à oublier d’où il vient et le vivre pleinement. Il devient un apprenti parfait, son silence est sa solitude. L’on est en droit de penser qu’il a réussi la première partie de son initiation qui était de quitter son enveloppe charnelle pour entrer dans celle diffuse de la progression initiatique. Il n’y a pas de contradiction,  car la progression initiatique se fait par étapes, ce qui permet de lier les   acquis.

                                                                    

 

Un jour, lors d’un entraînement il rencontre deux magnifiques goélands et vole avec eux, ils sont d’une beauté et d’une blancheur éclatante, et le symbolisme de la trinité et du triangle ne sont pas loin. Ils sont à tous trois, le physique, l’émotionnel et le spirituel, l’ensemble d’un corpus parfait. Le lien avec la prochaine étape de l’enseignement est là, Jon est en train de vivre une autre initiation, un passage qui va lui permettre d’accéder à une forme plus évoluée de la gnose. En effet, les deux oiseaux parfaits l’amènent dans un endroit où il y a déjà des initiés qui continuent à se perfectionner, l’on peut dire qu’il a franchi un autre stade. Cela est semblable à des marches qui symboliseraient chaque étape de sa progression, mais il faut bien savoir, qu’une progression se fait au gré du vent, lentement, sans heurts ni arrêts brusques, en effet Jon a franchi une étape mais il ne s’en est pas rendu compte, une progression initiatique doit être douce.

                                                                        

Il continue donc à se perfectionner avec les anciens initiés, ceux qui savent; parfois avec difficultés mais toujours en essayant de trouver des réponses aux obstacles qu’il rencontre. Ceci est le fait de l’homme, la connaissance est insassiable  et la passion de vouloir trouver des réponses aux  questions sans réponses y est de pair associée. Le progrès est caractéristique de l’espèce humaine, le retour en arrière impossible, quoique l’on fasse. La raison est positive même si l’on trouve de-ci de-là, quelques tentatives pour raviver un passé incertain et souvent peu glorieux. Jon sent bien qu’il est à un tournant de son expérience et se rapproche du plus vieux des anciens qui lui montre la supériorité de la volonté sur le désir. En effet, il ne suffit pas d’avoir envie, mais de vouloir, la deuxième phase de son engagement va se terminer, il a fini son compagnonnage et va accéder à la gnose, base de la  connaissance initiatique.

                                                            

Sans tomber dans une explication simpliste, comme celle des prêcheurs américains qui expliquent que l’on peut tout avoir si on le veut, on peut supposer que la pensée est un véhicule moteur du désir, et qu’à partir du moment où l’on a réussi à maîtriser sa pensée, tout est intellectuellement possible et le seul problème qui se posera sera celui de la frontière entre le concret et le phantasme. Le : « Je veux donc je peux » est une belle sentence dès lors que l’on a les moyens de pouvoir, moyens qui nous seront donnés par notre initiation permanente. 

Jon avec son maître se concentre sur un endroit où il désire aller, et sa seule volonté et sa seule concentration suffisent pour s’y rendre. Ceci n’est évidemment pas à prendre au premier degré, cela signifie comme je l’ai dit plus haut, que la connaissance initiatique est possible si l’on s’en donne les moyens, par le travail, la sagesse et l’expérience. Nous devons considérer ce paradigme comme immuable.

Jon vieillit, et l’ensemble de ces trois concepts évoluent avec lui et dès lors il devient capable de comprendre et plus tard de transmettre. La relation au christianisme est évidente et le vieux goéland, comme le père, le désigne comme le fils. En effet, il faut souligner que Jon n’a pas de défauts et qu’il est pur, il est humble, honnête, persuadé de la bonté des hommes et doté de pouvoirs surnaturels comme celui d’apprendre et de restituer de façon rapide et parfaite. Jon est maintenant prêt à aller plus haut, il parfait sa connaissance en restituant ce qu’il connaît aux autres initiés.

                                                                            

Le vieux goéland disparait, son maître disparait de façon resplendissante dans un éclat insoutenable et il devient le seul transmetteur de la connaissance auprès des initiés avec lequel il partage son temps et son activité, Jon est élu, il a dépassé la gnose basique, s’est emparé des degrés supérieurs, et comme il est bon et humble, son plus cher désir est de retourner parmi les siens pour leur apprendre ce qu’il sait. Il eut été bien plus confortable de rester avec ses amis, mais c’est le propre de l’homme de vouloir faire partager, de transmettre. Il est illusoire de vouloir rester enfermé dans son moi misanthropique, car bientôt viendra le repli sur soi, l’aigritude et sa cohorte de mauvais sentiments qui conduisent inéluctablement au désespoir si ce n’est plus. Jon décide un donc un jour de quitter les siens pour retourner d’où il vient malgré les conseils de ses pairs.

Mais avant, Jon rencontre son double et lui fait suivre la même voie initiatique que lui. Cette notion de double est intéressante chez R.Bach, car elle lui permet d’insister sur les points clés et les idées force qu’il veut transmettre. Auparavant c’était lui qui était rejeté, et il s’en trouve un puis deux etc…et ils constituent un groupe complet d’exclus qui travaillent au dépassement de soi. Jon a crée un nouveau groupe, il a fait des émules et la famille s’agrandit.

                                                                

Il considère que le fait d’être exclu, rejeté, lui donne un plus par rapport aux autres car il s’affranchit de leurs regards et de leurs sentiments à son égard ce qui lui donne une liberté d’entreprendre en relativisant le négatif, ceci est un symbole que l’on retrouve chez Epicure lorsque celui-ci dit au contraire des stoïciens ; « Pour ne pas connaître la douleur , il suffit de ne pas s’exposer à la souffrance » alors que les stoïciens stipulent que pour moins souffrir, il faut connaître les méfaits de la souffrance.

Donc Jon est un épicurien doublé d’un initié ce qui lui permet d’évoluer dans son monde qu’il considère parfait.

L’histoire se déroule sans surprise, et les goélands fraichement initiés s’en retournent et essaient vivement de se réintégrer, ce qui est évidemment impossible car l’assemblée des goélands ne peut se dédire au risque de perdre toute crédibilité aux yeux des autres.

                                                                                

Jon s’y attendait et tel un prêcheur entouré de ses disciples, il va leur monter ce de quoi l’on est capable quand l'on se dépasse et que l’on fait don de soi aux autres. Il est parfaitement intégré dans la transmission du savoir et de l’acte généreux, il atteint la perfection deïfiante..

Mais, il fait des émules ce qui est normal, car chacun veut savoir, chacun veut se perfectionner, et il a bientôt autour de lui une petite troupe de goélands qui grossit de jour en jour. Il est amené à faire des « Miracles » reconstruire une aile cassée, sauver son fils spirituel de la mort.

Est-il ange ou démon ?, d’aucun le baptisent « Fils du grand Goéland », d’autres  "Démon", mais à la fin tout le monde le considère comme ayant des pouvoirs surnaturels, ce qui est déjà et dont il se sert à l’envie.  Il est alors très intéressant de se poser la question de savoir, si pour réussir il faut posséder des pouvoirs surnaturels ou bien se perfectionner, apprendre et atteindre une gnose personnelle. Nous serons d’accord comme Jon pour dire que les pouvoirs surnaturels n’y sont pour rien, tout dépend de la façon dont on regarde le monde. Ne suffit-il pas d’appartenir à ce monde pour savoir, pour être initié ? Grand problème des hiérarques en tous genres qui considèrent que la transmission ne peut se faire qu’à quelques-uns, seuls susceptibles de comprendre.

Là est l’erreur, car la connaissance dépend de chacun de nous, elle n’est pas la même pour tout le monde, et pourtant chacun doit s’en contenter, la connaissance n’appartient à personne, elle dépend de celui qui l’acquiert. Jon après avoir transmis et atteint le niveau de son vieux maître va s’envoler et laisser la responsabilité du cycle à un autre goéland choisi. Ainsi la boucle est bouclée, la transmission à ce niveau est parfaite, elle continuera à évoluer, en accord avec l’amplitude des connaissances.

Livre très allégorique, qui dépeint une progression initiatique que nous connaissons bien, tout en faisant des rapports à l’histoire qui sont nécessaires si l’on veut avoir une compréhension globale du livre. Chacun y retrouvera les siens et ensemble nous pourrons penser au "Grand Goéland"qui nous à transmis la connaissance initiatique parfaite, la gnose.

                                

 

 

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Sujet: Jonathan Livingstone le Goeland

Jonathan

JPL - 05/01/2016 05/01/2016
Va, je t'ai reconnu! Merci pour cette belle étude d'un texte qui nous est lumière, de celles qui éclairent notre route et nous guident, c'est à dire phare qui nous mènent au port, aux portes de la vérité. Triple ban et accolades!

Jonathan Livingstone Le Goéland

Jean-Marc SAURET 15/03/2013
Très belle page sur une merveilleuse histoire, je devrais plutôt dire, à propos d'un très beau regard sur la réalité des homme...
Merci, Jean-Pierre

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