Le petit chef

 

 

Satisfait il s’assoit dans son fauteuil avec son rictus niais content de lui, prêt pour une autre séance où il va nous faire un cours de philosophie dirigée que n’aurait pas renié gnafron. Comme d’habitude il n’a rien préparé car il en est incapable, se disant surchargé mais d’un travail fictif.

 En effet il doit sans arrêt  se prouver à lui-même qu’il est l’homme de la situation et que les honneurs lui vont si bien pour ne pas dire qu’ils lui sont dus. Il recherche les compliments et les félicitations, il court après, comme un rat après un morceau de fromage puant. Toujours du côté du plus fort, évidemment car il n’a pas la capacité d’émettre des idées, il se sert de celles des autres. Mais ça il ne s’en rend pas compte, le monsieur Jourdain de la cour aux imbéciles. Il se compose un personnage. Cela fait bien de coller aux stéréotypes de la vulgarité et de l’inélégance, mais ce n’est pas grave, il fait partie du groupe et on l’apprécie, c’est normal, il est toujours de l’avis des plus nombreux.

Il se sert des pauvres comme des faire-valoir, il est toujours vainqueur, et tout le monde l’acclame, vous savez l’homme de troupe qui donne un coup de pied à celui qui va mourir, eh bien c’est lui, il en est fier, il le montre, il aime s’attaquer aux faibles ou à ceux qui ne bénéficient pas de la bénédiction des moutons. Il exerce son pouvoir en les traitant comme des esclaves et surtout en montrant bien aux autres qu’il est le chef et qu’il se comporte comme tel.

Il fait partie de la majorité non silencieuse, sa prétention d’être le meilleur nous montre de jour en jour la pauvreté et le désert de sa réflexion. Il est intellectuellement indigent, mais ce qui est merveilleux c’est qu’il ne le soupçonne même pas, on lui fait des compliments : « Comme c’était bien, comme il a bien parlé » ; la cohorte du petit peuple servile qui l’entoure a encore une fois, glorifié son action, il n’y a décidemment pas mieux que lui, personne d’autre n’a cette vision généreuse de la vie.

Fier de lui, enfin, il pense avoir réussi, dans sa vie professionnelle et dans sa vie privée, grâce à son intelligence et sa bonté, mais c’est surtout à force de compromissions, de bassesses et de lâcheté. C’est dans son naturel il ne s’en rend même pas compte. C’est le prototype de l’homme qui fonctionne au premier degré, surtout ne pas réfléchir, il n’en éprouve pas le besoin, même s’il en était capable et puis ensuite réfléchir à quoi ?

Cette réussite est pour lui dans le paraître, il est obséquieux, huileux avec ce qui lui est supérieur, il copie, approuve sans réserve, participe en suppôt dévoué à ceux qui peuvent lui servir. Lui qui sait si bien humilier les autres n’hésite pas à se rouler dans la fange pour déclencher ne serait-ce qu’un regard négligeant de ses chefs.

Mais ce qu’il ignore, c’est que tous ceux qu’il méprise ou qu’il a méprisé, ceux à qui il a causé du tort, ceux qu’il a donné en pâture en autres avides de cruauté, les humbles et les sans grades seront autant de juges qui ne lui pardonneront jamais son égocentrisme. Mais pour le moment, il règne sans partage sur son petit peuple qui avide de bienveillance lui déroule le tapis rouge de ses absurdités. Il arrive toujours le dernier, il se fait voir, plein de sa fausse humilité et de son sourire contrit, mais il est là distribuant de-ci delà ses bons points comme un parangon de vertu. Quand il se déplace sa cour le suit comme autant de chiens qui quémandent des rots faisandés, ils cherchent aussi à se faire voir, comme si l’attention d’un petit pouvait leur servir une dignité abjecte.

Il aime être aimé, cela le réconforte, lui prouve s’il en était besoin qu’il jouit d’un charisme qui favorise la fraternité des timides et des faibles, cette assemblée de gueux malpropres et malodorants qui lui sert de justification à son pauvre esprit étroit. Il est le roi dans ce royaume de nains psychotiques, il décide de tout, il a des idées sur tout et bien sûr sur lui-même, il juge, il apprécie, il promeut, il tue, il assassine. L’école de la vie en a fait un nanti, donnant encore une fois une chance à celui qui ne la méritait pas.

Mais inéluctablement, il se retrouvera seul un jour, abandonné de tous, ceux à qui il avait fait croire qu’il était un puissant parmi les puissants, ceux qui à leur tour se seront servis de lui, et le jour où il se retrouvera seul, abandonné de tous, il mourra dans la solitude glacée de sa propre indifférence. 

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Sujet: Le petit chef

Petit chef...

Lavie 28/05/2013
Est-ce vraiment nécessaire ?
A quoi bon ce déversement de bile ?
Est-ce vraiment compatible avec les nobles idées affirmées dans la page d'accueil de ce site ?
Pensons à Molière qui, dans le Misanthrope, fait dire à Philinte :
Mon Dieu, des mœurs du temps, mettons-nous moins en peine,
Et faisons un peu grâce à la nature humaine ;
Ne l'examinons point dans la grande rigueur
Et voyons ses défauts, avec quelque douceur.

Petit Chef

Henault 29/05/2013
J'accepte toutes les remarques d'où qu'elles viennent à partir du moment où elles ne créent pas de scandales. Ta remarque est donc bienvenue. On peut bien sûr penser que la forme est très agressive et qu'elle peut ne pas plaire à tous; mais elle est dans la droite ligne du chapitre "introspectif" où je me livre à nu sur des sujet qui m'interpellent.
Ceux qui ont vécus avec la peur au ventre , la boule dans l'estomac en arrivant chaque jour au travail me comprendront. Le harcèlement a déjà conduit plusieurs de nos concitoyens au suicide ces dernières années, c'est dire la difficulté qu'il y a à supporter de telles exactions qui s'apparentent à la mort psychologique d'une personne.
Dans ce cas, nos idéaux se trouvent bouleversés et je ne suis pas pour ma part capable de passer au dessus de persécutions qui me détruisent petit à petit, c'est accepter la mort à petit feu. et c'est dès lors contraire à notre engagement et à l'introduction que j'ai écrite au début de mon site.
Tu cites Molière, je peux citer Kafka.

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