La transmission du savoir,

valeur bafouée

 

    

 

Bousculé par le « bien penser », l’hypocrisie latente, je suis excédé par la cruauté de ceux qui assoient leur pouvoir par la force. Seul contre tous, je m’en vais en criant ma  rage et mon désespoir car une fois de plus je n’ai pas su  ignorer mes sentiments de justice simpliste qui ont causé ma perte.

Je suis maintenant blessé, soumis à la dérision du bloc des bien-pensants qui n’agissent que dans leur cadre futile d’idées pseudo-généreuses véhiculant le fiel. Ils ne  m’ont pas raté, touché du premier coup gisant dans leur mépris et la tête pleine de leurs rires abjects qui se moquent de celui qui n’avait pas compris que la comédie humaine n’était pas l’œuvre de Balzac.

Radié à jamais, marqué au fer rouge de l’infamie, je deviens l’image nécessaire à l’exercice de l’inquisition du vingt et unième siècle. L’on m’évite et l’on me regarde par en dessous avec la désapprobation des gens biens qui rencontrent le faiseur de trouble. Il a osé contester la ligne du parti si bien huilée, parfaitement adaptée à notre environnement, faites de serments, de proclamations sur la défense du pauvre, par le juste touché par la grâce. Les représailles seront fines, je ne serai jamais directement agressé mais à travers ceux qui me sont chers, là où la blessure est la plus douloureuse, là où se défendre devient impossible face à la horde guerrière des slogans rétrogrades et assassins.

L’ensemble des cafards est soudé et n’admet en son sein que ceux qui se reproduisent bardés d’idées flamboyantes cachées derrière une haine qui s’alimente de jour en jour par la justification primaire d’être sauvés de l’indigence intellectuelle de leurs opposants. Ce sont aussi des terroristes de l’idée, mais maniant la dialectique et la rhétorique comme autant d’armes létales qui n’ont rien à envier à ceux qui tuent froidement au nom de l’idéologie.

Ils vous rejettent violemment sans espoir de retour avec des blessures inguérissables, mais avec le sourire ravi de ceux qui ont été élus dans cet antre du double jeu, du double langage dont seuls les initiés possèdent les clefs. Gisant seul, abandonné, soumis à tous les opprobres, celui qui a osé faire dérailler le train de la fausse compétence, ne se relèvera pas car il n’a pas de deuxième chance. Il n’en veut pas d’ailleurs préférant mourir comme « Roubachov » convaincu de la justesse de ses idéaux.

L’image implacable de l’ange exterminateur est passée et le contestataire diminué et tremblant va être pourfendu par le glaive des bonnes intentions. Mais son sang n’est devenu que de la bile fétide donnant s’il en était encore besoin une autre justification au rejet de l’hérétique. Doit-on vraiment pour survivre accepter les dictat d’une communauté sentant l’odeur douce-amère du cadavre décomposé des belles paroles et des pensées vicieuses ? Toujours restent au bord de la route les humbles et les sans grades, les déchus de l’engagement corrompu.  Pas de pitié pour eux, ces marginaux de la réflexion qui ne savent pas et ne sauront jamais exprimer leurs idées dans un cocktail qui mélange le ruissellement de l’obséquiosité et le regard vil et poisseux des prêts à tout pour se faire bien voir.

Jusqu’où aller sans se faire transpercer par ces gardiens du Temple implacables ? La mort et le supplice sont les deux carburants qui font fonctionner ces personnages honorables qui nous servent d’exemple. Eux seuls détiennent la vérité qu’ils voudraient bien faire partager à leurs conditions : La corruption spirituelle et la dérive de l’esprit qui approfondissent tous les jours le sillon de leurs bonnes actions. Partagez nos convictions et vous serez sauvés par la bonté divine, celle qui ne sauve que les honnêtes gens dont malheureusement ils vous ont exclus. Le culte dépravé de la personnalité mis en avant par ces petits despotes qui au gré du temps vous indiquent le chemin à suivre, est reçu ici comme une image de compétence affective qui au premier souffle s’effritera dans la poubelle des désillusions.

La transmission du savoir est galvaudée par l’omerta instruite contre ceux qui devraient justement reconnaître ce savoir comme le futur refuge de leurs aptitudes. L’aspect totalitariste de ces petits bolcheviques au crayon rouge ne permet aucune digression, il faut l’accepter ou accepter d’être laissé pour compte sans aucune compassion car elle ne produit rien, ils ne gagneront rien à un peu d’humanité. Englués dans leur pseudo savoir limité par de pauvres études faites dans un consensus abject avec la société qu’ils représentent, ils s’imaginent qu’ils combinent à la fois connaissance et vérité, petits sophistes  de théâtre.

Ils décident du destin des uns et des autres avec une arrogance qui se situe entre la comédie de boulevard et le théâtre de marionnettes. Les élus seront admis dans le saint des saints avec le sourire complice et suave de l’autorité corrompue et les autres violemment rejetés comme inaptes à la vie merveilleuse qu’on leur réservait et qu’ils n’ont pas su saisir. Il ne me sert à rien de résister car je suis déjà le représentant de cette humanité mauvaise et perverse qu’ils ont appris à ne plus craindre forts de leur impunité de capos.

Enfermé dans le cercle dérisoire et perverti de la même loi pour tous, il n’y a pas d’échappatoires, survivre ou mourir.  Survivre c’est accepter l’inacceptable, le chemin qui forcement conduit à la négation de soi-même en reniant toutes les valeurs décisionnelles qui façonnent notre intelligence, c’est accepter d’être un mouton que l’on tondra au gré des circonstances.

Il ne me reste que la mort lente dans un système que je conteste et que je n’ai pas choisi, je ne peux m’adapter à la personnalité du troupeau. Intellectuellement violé, il ne me reste que le mur infranchissable de l’incompréhension cruelle des représentants de l’intelligentsia. La prison dont on ne s’évade pas, le goulag à perpétuité pour finir accroché aux barreaux dans un uniforme rayé et défraichi, en pleurant sur moi-même.

Je suis accusé du crime le plus immonde : Penser.

 

 

 

©2013-J-P-Henault-Ainsi-va-la-vie

Sujet: La transmission du savoir, valeur bafouée

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