La science se limite-t-elle à constater les faits ?

(Deuxième sujet de philosophie proposé au BAC 2013 dans la série (L) littéraire.

 

 

Préliminaire:
Je ne suis pas professeur de philosophie, je ne suis pas étudiant, quoique, mais j'ai déjà un âge qui me permets de me reposer sur mes quelques connaissance acquises au fil du temps.

 

 
Si l’on prend la question de prime abord, la réponse qui est la plus tentante est oui, car tout fait est inductif d’une constatation, pour peu que l’on soit doué de raison. Mais en fait si l’on analyse bien la question posée, il nous est demandé de savoir pourquoi il existe depuis la nuit des temps une recherche scientifique, qui peut passer d'empirique à opérationnelle et là alors tout se complique car l’on affronte de face le problème de la connaissance et par là même la définition de la science qui est la recherche de la connaissance.
 
Alors, pourrait-on reformuler la question et se demander si la connaissance est un ensemble de faits acquis et compris à travers la recherche, ou bien alors une exploration anarchique du monde qui bien sûr pourra conduire à un certain nombre de constatations qui misent ensemble formeront la science, c’est toute la différence entre rechercher et chercher.
 
Remontons un peu en arrière et explorons l’état de la science chez les présocratiques et les socratiques eux-mêmes. A cette époque, nous n’en étions encore qu’aux prémices de la science telle qu’on la connait maintenant, et Thalès et Pythagore restés célèbres pour leurs théorèmes se posaient déjà la question du savoir et leurs mathématiques n’était que de la recherche. A l’époque, on distinguait entre autre par exemple la géométrie, l’acoustique, ce qui formait une philosophie du savoir reposant sur toute la connaissance que l’on pouvait avoir à ce moment.
 
N’oublions pas Platon, qui avait fait graver sur le fronton de son « Académie », « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre », Platon ne demandait pas une culture entière de la géométrie de l’époque, mais plutôt un esprit ouvert à la concrétisation des idées par le langage principalement ; reprenant par cela, la rhétorique de Socrate qui essayait d’amener son interlocuteur à la vérité tout en évitant le sophisme c’est-à-dire les vérités forcées par l’autre.
 
Il ne s’agit pas ici de faire une différentiation théorique entre la maïeutique et le sophisme, mais d’observer, que les faits que constataient nos anciens partaient d’une théorie de la connaissance fruit d’une recherche de la vérité. Celle-ci était purement adaptative, Dans Gorgias, Platon demande à Gorgias de lui expliquer par quels détours celui-ci prétends détenir la vérité et il lui répond, par l’étude et la science. Chacun donc, avec ses arguments laissait percevoir sa recherche personnelle de la vérité.
 
La science comme on, l’a vu peut-être le fruit d’une recherche orientée et l’on s’attendra dès lors au constat qui sera déduit de l’expérience que l’on pratique, donc pas de surprise mais une confirmation de ce que l’on pressentait ou de ce que l’on avait calculé. Prenons l’exemple du Boson de Higgs, il y a longtemps qu’il était connu, mais pas encore mis en évidence, seule l’expérience il y a peu a permis de le révéler. Y-a-t-il eu constat ou découverte, la réponse découle de la question, en effet, il y a toujours constat de réussite ou de non réussite, le concept n’est pas le même car il y a toujours constat quoiqu’il arrive, mais pas forcément de découverte, celle-ci pouvant être imprévue, Einstein, d’abord développé la théorie de la relativité restreinte avant de développer celle de la relativité générale, la première ayant ouvert la porte à l’autre.
Ce qui nous interroge à travers la science, c’est l’interprétation des découvertes et non pas la constatation des faits.
 
Il est à noter que la science étant de nos jours devenue tellement spécialisée que chacun devient le spécialiste de sa spécialité, donc, il devient très difficile de conceptualiser la recherche en un seul grand fait qui conduit à la connaissance. C’est-à-dire, que l’état des lieux se prête difficilement à réfléchir sur un point particulier, car il a besoin d’un agrégat intellectuel pour former un ensemble incitant à la réflexion.
La constatation est le premier échelon de la réflexion,  prenons l’exemple du syllogisme qui a besoin de deux prémices et d’une conclusion pour fonctionner, il ne fonctionne que si les prémices sont exacts, et l’on, peut dire que les prémices sont les premiers stades de la réflexion.
Newton quand il a vu tomber la fameuse pomme, a constaté que la pomme était attirée par le sol, et il en a déduit la théorie de la gravitation, ce qui est l’exemple parfait de la démarche se situant en aval du constant. Mais cette recherche au-delà du fait obéit à un besoin irrépressible chez l’homme qui va bien au-delà de la science, c’est de chercher et non de constater. Alors bien sûr, il pourrait être satisfaisant de s’arrêter à l’état du constat comme le faisaient les cyniques avec Diogène de Laërce, c’est-à-dire laisser la nature nous dicter ses lois, mais cette méthode ne peut perdurer car elle induit un obscurantisme dont l’homme ne peut se satisfaire.
Chaque nouvelle démarche, que ce soit à travers soi-même ou bien à travers une recherche quelconque nous interpelle et nous conduit presque instinctivement à pousser plus loin notre raisonnement au risque de devenir empirique. Ce n’est pas le problème, En fait, toute la définition de la philosophie se retrouve dans cette question.
 
Que fait le philosophe s’il ne s’interroge pas sur le devenir de sa recherche ? Karl Jaspers a su dépasser son rôle de médecin pour aller au-delà des faits et construire une théorie philosophique, celle de l’englobant. Souvenons-nous de Nietzsche qui disait qu’il était dur de rester seul et de mourir sous le souffle de sa propre loi (« Ainsi parlait Zarathoustra »). Cela veut bien dire qu’il est impossible de rester seul avec ses convictions sans s’ouvrir au monde et aller plus loin dans une effervescence intellectuelle qui nous permet de progresser.
 
Mais n’oublions pas un élément fondamental dans la science et la recherche, c’est le raisonnement, bien construit il va nous mener à la découverte, mal construit il va nous mener à un échec, mais est-ce bien grave,  sans doute pas car ceci relève de la tentative et maintes fois il faudra remettre son ouvrage sur le métier pour obtenir un bon tissage. A chaque grande époque de notre civilisation, des philosophes ont mis en exergue des théories, qui si elles leurs étaient particulières avaient pour autant le mérite de faire avancer la réflexion. L’encyclopédie de Diderot et d’Alembert qui tentait de regrouper toutes les connaissances du XVIIIème siècle en est un exemple frappant. La science est inductive de la philosophie et non pas d’une constatation immobile des faits.
 
Mais néanmoins, certains faits constatés ne poussent pas forcément à la réflexion dès lors qu’ils sont la conclusion d’une inconnue que l’on n’a pas les moyens de chercher. Nous voyons donc, que cette question a de multiples facettes et que nous ne pouvons nous arrêter à une démonstration partiale de la science qui se bornerait seulement à constater des faits sans les analyser. Toute une partie de la science, pour ne pas dire la majeure partie de la science nous révèle l’inconnu et nous sommes là dans l’obligation de constater les faits sans leurs donner de réponses objectives. Est-ce une limitation ? Sans doute car les plus grands savants buttent souvent sur des questions sans solutions ou pire qui possèdent plusieurs solutions contradictoires. Prenons l’exemple mathématique qui peut admettre plusieurs solutions dans un temps donné mais plusieurs autres dans un autre temps. Nous pouvons alors dire que la science va se limiter à constater les faits en retirant toute connotation péjorative à la question. Nous constatons là, toute l’immatérialité du concept de recherche et de science. En effet, il n’est pas de connaissances qui soient la propriété de celui qui les possède, le monde ne fonctionne pas dans ce domaine en particulier, à part de rares exceptions, arrivé à un certain niveau, constater les faits devient impossible car ils deviennent impalpables  et l’on ne peut que les supposer. L’on a dit souvent que l’univers était en expansion et il semblerait maintenant que ces soit le contraire…
 
Il est donc très difficile d’avoir une position affirmée sur la seule constatation des faits par la science. La philosophie nous amène à dépasser le concept du factuel pour aller comme il se doit vers un exercice plus intellectuel de recherche qui nous sert de référentiel à la réflexion. Mais cela n’est valable que si l’on considère cette question au premier degré, pour aller plus loin, l’exercice de la pensée n’a pas besoin de savoir si nous constatons un fait ou si nous l’analysons, cela est de facto. Il en est de même pour la science, elle n’a pas de limites hormis des limites éthiques, alors, il n’est pas important pour elle de savoir si seulement elle se limite à constater un fait tandis qu’autre part par définition elle l’analyse en tant que fait matériel ou immatériel, compréhensible ou incompréhensible.
 

 

 

©Ainsi-va-la-vie-2013-jp-Henault

Sujet: La science se limite-elle à la constatation des faits?

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